Manifestation Ouvrez les frontières – Menton 16 décembre 2017

A l’appel du collectif Solidarité Migrants 06 environ 500 personnes venues de toute la France ont manifesté à Menton le 16 décembre 2017, de la gare de Menton Garavan au poste frontière.

Une plaque commémorative a été posée à proximité du poste frontière, en mémoire aux 20 migrants morts en tentant de traverser la frontière.

Manif à Menton – Le paria y participait : reportage photo

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Musique : Tiken Jah Fakoly ft Soprano – Ouvrez les frontières

En même temps

En France, une politique migratoire d’une dureté sans précédent (Le monde, 16 décembre 2017)

[NDLR : Il faut bien sûr comprendre : une politique antimigratoire]

Pour la première fois, le ministère de l’intérieur met un pied dans l’hébergement d’urgence géré par les affaires sociales.

Au fil des jours, la « ligne Macron » devient plus nette et dessine une politique migratoire d’une rudesse sans précédent. Vendredi 15 décembre, en fin de journée, une réunion interministérielle sur le projet de loi immigration, qui arrivera en discussion au printemps 2018, a révélé que les tenants de la ligne dure avaient la main. La même philosophie prévalant déjà sur le terrain et dans les textes ministériels.

A Calais (Pas-de-Calais), alors que la ville grelotte, les couvertures des 700 exilés sont jetées au gré des opérations policières, les abris détruits. A Paris, les petites toiles de tente des plus chanceux des 800 migrants vivant dans les rues ont été lacérées cette semaine. Dans ces deux départements, la consigne donnée aux forces de l’ordre d’éviter la reconstitution de campements efface toute autre considération.
Dans la Roya ou l’arrière-Briançonnais, la frontière se gère à coups de « refus d’entrée » notifiés en série. Et, dans les terres, les centres de rétention administrative se referment chaque soir sur de nouveaux prisonniers – de plus en plus souvent des familles –, comme dans celui du Mesnil-Amelot (Seine-et-Marne), où un homme, marié avec une femme ayant obtenu le statut de réfugiée et père d’une petite fille, a entamé une grève de la faim et de la soif début décembre.
Outre cette dissuasion policière, les dernières semaines ont été marquées par la publication de circulaires signant une volonté d’expulser massivement. Dans un texte daté du 20 novembre, le ministre de l’intérieur, Gérard Collomb, a demandé à chaque préfet de multiplier les renvois et d’élaborer un plan de bataille départemental. Les déboutés du droit d’asile, mais aussi des « dublinés », ces demandeurs qui ont laissé trace de leur passage dans un autre pays d’Europe avant d’arriver en France, sont dans la ligne de mire du ministère.
Glissement vers l’option sécuritaire. (lire l’article)

Dans les Alpes, « on va redescendre des cadavres un de ces jours » (Le Monde, 16 décembre 2017)

A Névache, la lumière reste allumée longtemps dans les chalets. Les nuits sans lune, elle guide le voyageur vers la maison des veilleurs. Nichée au pied du col de l’Echelle, dans les Hautes-Alpes, à 1 700 mètres d’altitude, cette bourgade de quelque 360 âmes est comme un phare pour le voyageur qui débarque de Bardonnèche, la petite ville italienne de l’autre côté du massif. Ceux que Bernard Leger, 82 ans, appelle  » les visiteurs inattendus « .

Tout au fond, la vallée de la Clarée, aux confins de la France, on est un peu comme sur une île. Autour, l’océan n’est pas bleu mais blanc ; pas liquide, mais neigeux. Mais pour » Jean Gab «  (Jean-Gabrie lRavary) ou les autres,  » tout ça c’est pareil « , la vague de neige est la sœur de celle qui engloutit les canots de la Méditerranée ; le montagnard, le frère du marin.
 » On a le même devoir de sauvetage chevillé au corps « , affirme ce guide de haute montagne. Alors, avec une vingtaine d’hommes et de femmes, il recueille les naufragés de la frontière. Gelés, choqués.
 » On leur donne des vêtements, de l’eau, de la nourriture et un lit au chaud, ajoute Bernard Leger.  Le lendemain, ils sont encore en état de choc, muets de fatigue. «  Avec son  » commando humanitaire « , cet ancien commandant d’un régiment de chasseurs alpins prépare ensuite la descente vers Briançon, pour rallier la base arrière et  » faire de la place aux suivants « . Avec plus de 2 000  migrants accueillis dans la ville depuis juillet, le col de l’Echelle a retrouvé sa vocation séculaire de point de passage entre l’Italie et la France.
De plus en plus souvent, ça se gâte avant d’atteindre Névache pour ces jeunes Africains ignorants de la montagne. Chef des urgences de l’hôpital de Briançon, un service qui en a déjà soigné 300 depuis l’été, Yann Fillet est monté deux fois au col le 10 décembre avec le peloton de gendarmerie de haute montagne (PGHM). La seconde fois, en pleine nuit, le médecin a aperçu  » un des gamins pieds nus dehors alors que le thermomètre affichait – 10 °C ». (lire l’article)

« Face aux flux migratoires, nous, les maires, sommes au pied du mur » (Le Monde 16 décembre 2017)

Dans une tribune collective au « Monde », des édiles de grandes villes s’alarment de la pénurie de moyens mis à disposition par l’État pour accueillir les migrants.
Tribune – signée par Nathalie Appéré, maire de Rennes (PS), Martine Aubry, maire de Lille (PS), Alain Juppé, maire de Bordeaux (LR), Jean-Luc Moudenc, maire de Toulouse (LR), Eric Piolle, maire de Grenoble (EELV), Roland Ries, maire de Strasbourg (PS), Johanna Rolland, maire de Nantes (PS)

Les flux migratoires, qui se sont renforcés ces dernières années en Europe, sont la conséquence de réalités internationales, avec ses crises humanitaires, géopolitiques, économiques, écologiques. L’année 2017 s’achève sur une hausse massive de la demande d’asile et l’arrivée des nouveaux arrivants met sous une extrême tension – particulièrement avec le début de la vague de froid – les politiques publiques et institutionnelles classiques. Dans une proportion jamais connue jusqu’alors, les dispositifs alloués à l’hébergement des demandeurs d’asile, pilotés par l’État, souvent avec l’appui de nos collectivités, sont en effet complètement saturés, et ce malgré l’augmentation régulière du nombre de places… L’évidence est là, sous nos yeux, dans nos rues, dans les foyers et les centres d’hébergement : il y a urgence.
Une urgence sociale. Une urgence de solidarité. Carrefours de toutes les migrations, nos villes sont, sur ce sujet comme sur d’autres, en première ligne. Nous ne pouvons, nous ne devons, nous résigner au drame humain, social et sanitaire que constitue le déracinement des migrants. Chaque mois, plusieurs milliers de personnes arrivent dans nos villes. Intégrer celles et ceux reconnus réfugiés et venir en aide aux déboutés du droit d’asile qui malgré tout restent sur notre territoire est un enjeu majeur.
Au front face aux personnes en détresse
Nous sommes au pied du mur. L’État, qui – rappelons-le – est en responsabilité pleine et entière sur la mise en œuvre de la politique migratoire et de l’accueil des migrants, mais aussi de celles de l’hébergement et du traitement des dossiers de demande d’asile, doit faire plus que reconnaître la gravité de la situation actuelle. Il doit, sur tous ces fronts, engager de nouvelles mesures, aussi fortes qu’innovantes, pour se hisser enfin à la hauteur de la crise que nous traversons. (lire l’article)