Une affaire grave – trois manifestantes jugées pour avoir entravé la liberté de manifester du syndicat de police Alliance

A Rennes, le 22 mai 2018, la manifestation pour la défense du service public a été perturbée par le syndicat de police Alliance (classé droite/extrême droite) qui a fait irruption dans le cortège syndical. Il a été rejeté en queue de manifestation. Une semaine plus tard, à 6h30 du matin, un impressionnant dispositif policier interpelle à leur domicile 3 manifestantes. Elle sont traduites le 5 juillet devant le tribunal correctionnel de Rennes, pour « outrage en réunion, entrave à la liberté de manifester en réunion (sic), et vol de bien privé » (il s’agit d’un drapeau).
Les communiqués repris ci-dessous relatent les événements, et explicitent le rôle du syndicat Alliance dans la répression des mouvements sociaux.
Le chef d’inculpation pourrait faire rire, tant il semble ridicule. Mais cet incident révèle une faculté à instrumentaliser les forces de l’ordre et la justice qui est véritablement effrayante.

Trois articles sont repris ci-dessous
– Rennes : Trois manifestantes jugées pour avoir entravé la liberté de manifester du syndicat Alliance (3 juillet 2018)
– Solidarité avec les trois camarades face au syndicat Alliance (1er juillet 2018)
– Quand Alliance police tape l’incruste, provoque et gâche la fête du 22 mai (1er juillet 2018)

Rennes : Trois manifestantes jugées pour avoir entravé la liberté de manifester du syndicat Alliance

Publié le 3 juillet 2018 sur Lundi matin

Le 5 juillet prochain trois jeunes femmes comparaitront devant le tribunal de Rennes pour répondre des accusations de vol de bien appartenant à autrui et d’entrave aggravée concertée de l’exercice de la liberté d’expression, de réunion ou de manifestation. Dans les faits, la justice leur reproche d’avoir contesté la présence du syndicat de police Alliance (classé à droite et à l’extrême-droite) dans le cortège de la manifestation pour la défense du service public du 22 mai dernier à Rennes. Un drapeau du syndicat controversé aurait aussi été dérobé. Arrêtées le 30 mai dernier à 6h30 du matin par toute une armada de policiers, fusils mitrailleur et armes de poings à la main, elles ont passé 28 heures en garde à vue et sont depuis astreintes à un contrôle judiciaire strict. Un rassemblement est annoncé au tribunal ce 5 juillet, en attendant, notre juriste s’est penchée sur cette affaire singulière qui mêle liberté syndicale, corporatisme policier et un usage foisonnant du Droit. (lire l’article)

Solidarité avec les trois camarades face au syndicat Alliance

Publié le 1er juillet 2018 sur Expansive.info « le site d’info qui a les crocs – Rennes et alentours »
(Communiqué du collectif contre la criminalisation du mouvement social, relayé par de nombreuses organisations).

Le mercredi 30 mai, à 6h30 du matin, 3 personnes ont été interpellées à leurs domiciles par un fort contingent de policiers de divers services, fusils mitrailleurs et armes de poing à la main. Directement placées en garde-à-vue, elles ont pu y apprendre le motif de leur arrestation : elles sont accusées d’avoir, lors de la manifestation pour la défense du service public du 22 mai, participé à un groupe ayant contesté aux membres du syndicat Alliance le droit de se positionner au cœur du cortège – et de leur avoir volé un drapeau. Après 28h de garde-à-vue, elles ont été placées sous contrôle judiciaire (pointage en gendarmerie toutes les 2 semaines, interdiction d’entrer en communication entre elles et obligation de se soumettre à un suivi socio-judiciaire) et convoquées pour un procès le 5 juillet avec les chefs d’inculpation suivants : outrage en réunion, entrave à la liberté de manifester en réunion (sic), et vol de bien privé (le fameux drapeau).
Face au ridicule du motif de l’interpellation, il convient de se demander si l’impressionnant déploiement policier lors de ces interpellations était bien justifié par la gravité des faits reprochés, ou s’il ne s’agirait pas plutôt d’une démonstration de force d’un corps policier toujours prêt à défendre avec virulence ses « syndicalistes ». Pour bien comprendre ce qui se joue ici, il faut revenir à la manifestation du 22 mai, et sur le rôle du syndicat Alliance dans la répression des mouvements sociaux.

Une série de provocations assumées
Différents communiqués rappellent comment la présence et l’attitude d’Alliance à la manifestation du 22 mai a pu être vécue comme une évidente provocation. Nous retiendrons trois éléments principaux.

• Un discours politique opportuniste et corporatiste :
Le mot d’ordre de la manifestation concernait la défense du service public. Quand bien même la police constituerait un service public, il nous semble évident que ce n’est pas de la police en tant que service public qu’Alliance se fait le défenseur mais de la police en tant que corps. Les politiques d’austérité, de réorganisation néo-libérales, de gel des salaires, ou encore de privatisation progressive qui touchent les différents secteurs du service public n’ont jamais atteint de la même manière les forces de l’ordre, l’un des rares corps aux demandes duquel l’État cède : loi renseignement, inscription des pratiques de l’état d’urgence dans le droit commun, élargissement du cadre de la « légitime défense », armement de certaines polices municipales, augmentation des dotations, embauches massives, etc.
La présence de ce syndicat à cet endroit précis s’est rendue d’autant plus scandaleuse qu’à aucun moment Alliance n’a tenu à exprimer la moindre solidarité envers les autres secteurs en lutte. Toute leur communication se bornait à réclamer la protection de leur statut propre, ainsi que des augmentations de moyens, sans jamais s’aventurer vers la question de la défense des services publics en général, ou de certaines luttes en particulier. À aucun moment, ils n’ont remis en question l’envoi de forces de l’ordre pour casser piquets de grèves et occupations, ou l’attaque systématique des cortèges de manifestant.e.s.

• Un positionnement illégitime :
Sans discussions préalables avec l’intersyndicale – à laquelle ils n’ont jamais fait l’effort de se rendre, et sans égards pour des syndicalistes en lutte, Alliance est passé devant l’UNSA et Solidaires pour venir se placer derrière FO. Non contents de cela, ils ont de plus bouché avec leur camion l’accès au guichet mobile des factrices et facteurs en grève, qui terminaient une lutte exemplaire de 4 mois et comptaient se rendre visibles une dernière fois pour partager leur expérience et récolter du soutien.
Voir ainsi un syndicat corporatiste agir à l’encontre de celles et ceux qui luttent au quotidien, sans le moindre égard envers leurs revendications ou leurs moyens d’expression a été vécu par de nombreuses personnes comme une intolérable provocation.

• Une attitude violente :
Lorsque de nombreuses personnes ont réagi à ces provocations en leur intimant fermement de rejoindre la queue du cortège, les membres d’Alliance ont répondu par le mépris, puis par la violence. Plutôt que de prendre avec humilité les critiques qui leur étaient adressées et de rejoindre la place qui leur était assignée dans la manifestation, ils ont refusé d’obtempérer et ont à plusieurs reprises répondu par les coups (de poing, de pied ou du manche en bois de leur banderole) aux reproches qui leur étaient faits. Rien d’étonnant, donc, à ce que la foule ait entrepris de les repousser à la fin de la manifestation, sans pour autant la moindre violence, et armée de sa seule détermination.

Alliance, ennemi déclaré du mouvement social
L’attitude d’Alliance au cours de la manifestation est cohérente avec le rôle que ce syndicat joue dans, ou plutôt contre, le mouvement social. Leur positionnement politique, ancré très à droite, en a fait depuis longtemps un ennemi déclaré des mouvements sociaux et des classes défavorisées. Au niveau national, leurs interventions se résument à deux revendications principales. La première est l’augmentation perpétuelle des moyens pour les forces de l’ordre : plus d’embauches, plus de matériel, plus de primes, moins de contrôle sur l’exercice de leur fonction… La seconde est la défense systématique des policiers, en jouant sur la corde de la « haine anti-flics ». Ainsi, lorsque des policiers se portent partie civile, Alliance réclame nécessairement une sévérité exemplaire à l’encontre des prévenu.es et un alourdissement des peines. A l’inverse, à chaque fois que des policiers sont inquiétés pour des faits de violence ou d’homicides, en particulier envers les personnes non-blanches, Alliance organise rassemblements et comités de soutien, réclame la relaxe au nom de la légitime défense et attaque les plaignant.es et leurs familles pour diffamation.
À Rennes, ils se sont illustrés à plusieurs reprises, notamment en défendant leurs collègues de la BAC ayant abattu Babacar Gueye en décembre 2015, en appelant à venir soutenir leurs collègues auditionnés par l’IGPN suite à l’éborgnement d’un manifestant en mai 2016, ou encore récemment en faisant pression lorsqu’un syndicaliste était jugé en mars 2018 pour diffamation, pour avoir attribué à la CDI la responsabilité de cet éborgnement.
Le syndicat Alliance s’est toujours positionné contre les mouvements sociaux, en organisant et en favorisant la collusion entre les policiers et l’extrême-droite. Ainsi, au plein cœur du mouvement contre la Loi Travail, ils organisent à Paris un très provocateur rassemblement « contre la haine anti- flics », au premier rang duquel sont invités Gilbert Collard et Marion Maréchal-Le Pen. Ils ont aussi notamment soutenu de manière tacite les manifestations « spontanées » de policiers d’octobre et novembre 2016, où des policiers cagoulés, porteurs de leur arme de service et pilotés par l’extrême-droite défilaient et bloquaient des axes routiers.
Enfin, ils se trouvent souvent aux avants-postes de la répression du mouvement social, au besoin en organisant une pression directe sur les services de l’État ou sur des acteurs du mouvement social. Ainsi, ils réclament – et obtiennent – régulièrement l’interdiction de manifestations ainsi que l’augmentation de « l’encadrement » de ces dernières. Ils favorisent les violences policières en offrant une protection systématique à ceux qui s’y livrent, dans le cadre des manifestations ou du contrôle social des quartiers populaires, et pèsent en faveur de l’alourdissement des sanctions judiciaires à l’encontre de celles et ceux qui tentent de s’y opposer. Enfin, ils vont jusqu’à menacer directement différentes actrices et acteurs du mouvement social, que ce soit en réclamant la « dissolution des groupes d’ultra-gauche », en attaquant les collectifs de soutien aux victimes de violences policières (par exemple, le collectif Urgence Notre Police Assassine a vu sa page facebook fermée sous la pression) ou, encore très récemment, en organisant un rassemblement devant le siège parisien de la France Insoumise en représailles au fait que cette dernière ait soutenu un collectif d’Aulnay-sous- Bois, la Révolution est en marche, lorsque celui-ci dénonçait la responsabilité d’Alliance dans les violences policières.
(lire l’intégralité de l’article)

Quand Alliance police tape l’incruste, provoque et gâche la fête du 22 mai

Publié le 1er juillet 2018 sur Expansive.info « le site d’info qui a les crocs – Rennes et alentours »

La manifestation du 22 mai était pour le collectif des facteurs une occasion de remercier toutes celles et tous ceux qui ont soutenu le mouvement historique des facteurs et factrices du 35. 4 mois et demi de lutte, de piquets, de débrayages, de cantines, de fêtes et concerts dans la ville de Rennes.
Nous avons tissé des liens entre collègues de bureaux éloignés. Nous avons appris à lutter collectivement. Au-delà-même des postiers et postières, les camarades cheminots, les militant-es de l’Assemblé Générale Interprofessionnelle (AGI), les habitant-es de la ZAD, le comité des usager-es ont donné un poids et un souffle pour tenir durant des semaines !
La solidarité financière hors-norme a permis d’envoyer un message clair à une direction qui ne misait que sur l’essoufflement et l’étranglement financier. Mauvaise pioche, Rennes se souviendra longtemps des manifestations interprofessionnelles avec le cortège de tête des facteurs et factrices.
Le collectif se souviendra aussi longtemps de l’aide matérielle des réseaux comme celui du ravitaillement des luttes qui dès le 9 janvier apportait la cantine et des fruits et légumes aux grévistes.
Avant la reprise du 23 mai, les grévistes tenaient à organiser un guichet de solidarité à Rennes durant la manifestation de la fonction publique le 22 mai. Ambiance chaleureuse, occasion de vendre des cartes postales en solidarité, occasion de revoir les unes et les autres qui ont soutenu le mouvement.
Le guichet de lutte s’installe. Et comme un cheveu sur la soupe, qui vient s’incruster et squatter le guichet ? Alliance !!!! Les autres syndicats respectaient notre emplacement se préparaient à manifester. Personne ne gâchait la vue sauf Alliance. Que venaient faire ces syndicalistes devant notre guichet ? Oui, vu leur nombre et leur poids électoral, Alliance c’est tout au fond à gauche, en queue de manif, pas devant les postiers, pas entre FO et Solidaires ….
Mais bon voilà, les gros bras sont là. Ça énerve tout le monde. Normal, on en reconnait qui ont brillé dans la répression en pays rennais. Ça emmerde ceux et celles qui viennent nous rencontrer. Ça joue la provocation. Normal, quand on a que la matraque et la gazeuse comme outils de travail. Bref, Alliance n’avait rien à faire là, devant le collectif des facteurs et leurs soutiens.
Les manifestant-es de tous horizons les poussent gentiment vers la fin de cortège, à leur place légitime.
Alliance joue des poings, des manches de banderoles, des coups de pieds. Qui sème la violence récolte la gronde. La vue est enfin dégagée, le guichet des facteurs et factrices peut de nouveau recevoir les ami-es.
Le lendemain, au bureau de Rennes Crimée, tous les réseaux solidaires accompagnaient les facteurs et factrices à leur retour au travail dans une atmosphère joyeuse et pleine de dignité. Un 23 mai qui faisait oublier les embrouilles d’Alliance de la veille.
On pensait donc en rester là, dans la suspension de la grève et réfléchir les unes et les autres à comment continuer de nous voir et d’œuvrer aux luttes futures entre salarié-es, usagers et jeunes.
Mais non, les squatteurs d’Alliance ont laissé passer une semaine avant d’enclencher la police et la justice dans une revanche malsaine.
Le 30 mai, les facteurs et factrices organisaient un pique-nique à Guichen pour soutenir des collègues qui reprenaient aussi le travail. Nous apprenions que le matin même, dès l’aube, des moyens disproportionnés étaient mis en place pour interpeller 3 jeunes camarades qui participaient au ravitaillement de la grève des facteurs et factrices. Interpellations et garde à vue de 36 heures, accusations d’entrave à la liberté de manifester, accusations de violences et insultes, de vol de drapeau d’Alliance. (lire l’intégralité de l’article)